Monologue littéraire

Pour tout ce qui ne concerne pas les transports, blagues, espace de détente :D
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Yann
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La rose pourpre et le lys [The grimson petal and the white] de Michel Faber traduit par Guillemette de Saint-Aubin, aux éditions de l'Olivier

Wa, wa, wa ! Quel livre, mais quel livre incroyable ! :D
Ce très gros pavé de plus de 1100 pages (pas pratique dans le RER...) représente l'oeuvre de toute une vie, comme si l'auteur, au fil des 25 années qu'a duré l'écriture, avait patiemment instillé au fil des pages chaque goute de son sang, de sa sueur, de ses peurs et des ses fantasmes, de ses joies et de ses tourments.
Michel Faber, à la fois Hollandais, Australien et Ecossais, nous invite à découvrir un autre monde. Mieux que ça, il nous guide, d'abord à tâtons dans l'obscurité et le brouillard de cet univers étrange, puis au fur et à mesure que la lumière se fait, que l'on prend ses repère, quand tout devient grandiose et féérique, nous fait valser au rythme trépident et irrégulier d'un coeur qui s'emballe, s'enthousiasme, se frustre, se protège et s'extasie.
Pourtant, ce n'est "que" l'histoire d'une prostituée, au parcours et à la vie inhabituelle, dans un Londres de la fin du XIXème siècle où l'Histoire moderne lance son train inéluctablement, happant au passage ceux qui peuvent monter, écartant les autres, balayant les restes d'une époque révolue. Mais ce récit se révèle être un incroyable observatoire des relations hommes-femmes, du pouvoir des uns sur les autres et des rouages sociaux qui, 150 ans après, n'ont pas évolué tant que ça...

En un mot : jouissif ! :evil:

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Dent d'Ours, tome 1 : Max de Yann & Alain Henriet

Une BD historique, qui plus est sur la seconde guerre mondiale !
Un style limpide, avec juste ce qu'il faut de naïveté, un contexte forcément saisissant, une amitié entre 3 enfants qui se frottera aux remous de l'Histoire : tous les ingrédients sont là pour fait une bonne BD. Et ce premier tome est plein de promesses, j'attends la suite.

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Du domaine des murmures de Carole Martinez

L'accroche m'avait bien plu (c'est son but ! :D ) mais je ne m'attendais pas à un tel livre !
Toute la difficulté d'écrire un autobiographie fictive en se mettant à la place d'une personne du Moyen-Âge est de transcender la distance temporelle qui sépare l'auteur du narrateur. Et ce livre m'a littéralement transporté 9 siècles en arrière, réussite totale pour Carole Martinez.
Tous ces murmures qui descendent cette haute vallée du Doubs, emmaillotés dans les croyances et les terreurs médiévales, se glissent un à un dans mes oreilles de lecteur du XXIème siècle qui croit vivre dans un pays de liberté et de bonheur permanant. Ils nous disent toutes les joies et les souffrances d'Esclarmonde, recluse volontaire devant ce Dieu si puissant. Ils nous chantent aussi ces combattants des Croisades, assemblage hétéroclites de toutes les peurs irraisonnées d'un Occident Chrétien qui berce entre lumière et ténèbres.
Un récit qui réunit plus qu'il n'oppose deux mondes, qui gomme d'un pichenette l'écart que d'aucuns croient abyssal pour nous raconter au final une vie, tout simplement.

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L'homme qui voulait vivre sa vie [The big picture] de Douglas Kennedy

Encore un auteur que je souhaitais découvrir, et pour lequel je ne savais pas trop à quoi m'attendre. Au final, un mélange étonnant de liberté et de tristesse, un constat un brin caricatural du pouvoir de l'argent dans nos sociétés occidentales capitalistes, et un livre réussi même s'il manque un je ne sais quoi...

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Deux extraits de L'homme qui voulait vivre sa vie :

    Durant près d'une heure, nous n'avons pas échangé un seul mot, pas même un regard. Debout, les yeux fixés droit devant, hypnotisés par l'appel impérieux du vide qui s'étalait à l'infini, la promesse d'une vie sans limites ni frontières où rien ne viendrait se mettre en travers, imposer le moindre renoncement. Et je savais qu'il avait en tête exactement la même question que moi : "Pourquoi s'arrêter ?" Cap à l'est, traverser l'Atlantique, tailler la route ? Nous ne cessons de rêver d'une existence plus libre tout en nous enferrant de plus en plus dans les obligations, dans les pièges domestiques. Nous aimerions tant partir, voyager légers, et cependant nous ne cessons d'accumuler de nouveaux poids qui nous entravent et nous enracinent. La faute nous en incombe parce que, au-delà du rêve d'évasion, auquel nous ne renonçons jamais, il y a aussi l'attrait irrésistible des responsabilités : la carrière, la maison, les scrupules parentaux, les dettes, tout cela nous remet sans cesse les pieds sur terre, nous offre cette sécurité tant recherchée, nous donne simplement une raison de sortir du lit le matin. En réduisant inexorablement le champ du "choix", cette vie nous accorde le soulagement des certitudes. Alors, même si tous les hommes que je connais enragent en secret d'être tombés dans un cul-de-sac domestique, nous continuons à y entrer et à nous y installer, tous. La rage au cœur, le désir de vengeance aux tripes.

    Il était l'heure de s'en aller. De claquer la porte derrière soi. D'accomplir le dernier acte. Assis à la table de cuisine, immobile, j'ai laissé mes yeux hagards courir sur tous ces témoignages de stabilité domestique. Les murs blancs, immaculés. Les placards et les plans de travail en pin d'Amérique, réalisés sur mesure. La batterie de casseroles reluisantes. Les assiettes Wedgwood sagement alignées sur un présentoir de style shaker. Les photos de famille épinglées sur le panneau de liège. Le réfrigérateur décoré de circulaires de l'école et de dessins d'Adam. Tant d'objets, tant de choses minutieusement réunis dans un lieu clos. C'était merveilleux, étonnant. Étonnant de constater que la vie n'est qu'une longue suite d'accumulations, la recherche permanente de moyens de combler l'espace, d'occuper le temps. Tout cela au nom du confort matériel, certes, mais surtout pour ne pas avoir à reconnaître qu'on ne fait que passer sur cette terre, qu'on la quittera bientôt sans autres biens que les habits dont sera revêtu notre cadavre. Amasser dans la seule intention de tromper le sort commun qu'est l'engloutissement à venir dans l'inconnu, de s'inventer un semblant de permanence, de croire à la solidité de ce que l'on a bâti. Mais, un jour ou l'autre, la porte claque derrière soi, quoi qu'on y fasse. Et à ce moment, il faut tout abandonner.
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Deux courts extraits de La rose pourpre et le lys :

    De petits morceaux de temps sont consommés, laissant une éternité indigeste de reste.

    Ah, dit-elle. Il n'y a rien d'autre dans ce monde que des hommes et des femmes, non? Alors il faut bien y tenir, non, sinon à quoi d'autre tenir ?
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Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle

Je poursuis ma découverte des chroniques de cet auteur canadien dont j'ai déjà parlé. Après Schenzen et Pyongyang où il racontait ses expériences professionnelles en terres communistes, nous passons dans un autre registre. Guy Delisle est désormais marié et père de deux enfants, et sa femme travaille pour MSF. Ce qui a conduit la petite famille à passer une année à Jérusalem dans le cadre d'une mission humanitaire. Notre homme jouant cette fois le rôle de père au foyer, tout en continuant à faire quelques interventions dans l'illustration et le dessin animé.
L'auteur porte ici un regard décalé sur le problème israélo-palestinien. D'une part, en suivant la vie quotidienne des habitants (Juifs, Arabes, expatriés) où on découvre au fil des pages toutes les contradictions d'un pays unique au monde. Mais également du point de vue des ONG, milieu qu'il côtoie par l'intermédiaire de sa femme.

Ce récit graphique est un véritable régal, au style toujours simple et franc, où se mêlent humour et sérieux. Sans réel parti pris, Guy Delisle joue au témoin de cet étrange mélange entre tradition et modernité, laïcité et ultra-religiosité, fraternité et opposition armée.

Une phrase qui m'a marqué :
"Ah, merci mon Dieu de m'avoir fait athée."

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Sula de Toni Morrison

Je m'attaque une nouvelle fois à un monument de la littérature américaine. Et tout de suite, j'ai compris que je passais dans un autre monde. D'une part parce que Toni Morrison y distille tout son vécu et ses souffrances de noire-américaine. D'autre part parce qu'elle nous offre un style cru, direct, dépouillé, qui va droit à l'essentiel et orné de motifs magiques et mystérieux, des éclairs de génie au cœur d'un brouillard d'un univers où blancs et noirs se croisent, s'affrontent, s'observent et se jugent.
Une expérience à vivre et à revivre !

Un extrait pour le plaisir :

"De temps à autre, elle cherchait des preuves tangibles de son passage dans la maison. Où étaient les papillons ? Les mûres ? Le sifflet en roseau ? Elle ne trouvait rien, car il n'avait rien laissé que son absence assourdissante. Une absence si décorative, si chargée, qu'elle avait peine à comprendre comment elle avait pu supporter, sans tomber raide morte ou en être consumée, sa magnifique présence.
Le miroir à côté de la porte n'était pas un miroir à côté de la porte, c'était un autel où il s'arrêtait un instant pour mettre sa casquette avant de sortir. Le fauteuil à bascule rouge était le balancement de ses hanches lorsqu'il s'asseyait dans la cuisine. Pourtant il ne restait rien à lui, rien qu'elle puisse trouver. C'était comme si elle craignait de l'avoir halluciné, comme si elle avait besoin de se prouver le contraire. Son absence était partout, piquait de partout, donnait aux meubles des couleurs primaires, avivait les contours aux angles des pièces et dorait la poussière accumulée sur les tables. Quant il était encore là, il attirait tout vers lui. Pas seulement ses regards, à elle, et tous ses sens, mais les objets inanimés qui semblaient exister à cause de lui, comme arrière-fond de sa présence. Maintenant qu'il était parti, ces objets, si longtemps soumis à sa présence, étaient illuminés par son sillage."

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Chroniques birmanes de Guy Delisle

Dernier de la série des chroniques de Guy Delisle (en fait le 3ème, mais je l'ai lu après le 4ème... :D ), nous sommes cette fois en Birmanie où l'auteur a suivi sa femme (membre de MSF) après la naissance de leur premier enfant.
Après la Chine et la Corée du Nord, c'est un autre pays fermé d'Asie qui nous est dévoilé. Un état autoritaire et méconnu, si ce n'est à travers la résistance emblèmatique d'Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix.
Encore une fois, à travers la vie quotidienne des habitants et des expatriés, on découvre les méfaits et les absurdités d'un régime dirigé par une junte militaire.
Toujours plein d'humour, de fausse naïveté et d'une observation franche et épurée, cette série de BD fait désormais partie de mes ouvrages phare.

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Les chemins de Katmandou de René Barjavel

René Barjavel fait partie de mes auteurs favoris et quand je suis tombé sur ce roman, j'ai saisi l'occasion.
Nous voici ici plongés dans l'ambiance soixante-huitarde, narrée de plus par un témoin des évènements. C'est avant tout ce point de vue là que je recherchai, comprendre un peu mieux les raisons de cette "révolution", sur le plan social mais aussi économique. Et également découvrir cet idéal qu'était Katmandou, quelle réalité c'était pour les jeunes occidentaux en manque de repères.
Si je retrouve cette verve, ce talent d'écriture qui m'ont marqués, je reste quand même sur ma faim avec notamment des personnages que je n'ai pas réussi à bien cerner.

Un passage que j'ai trouvé remarquable :

"Il la chercha encore toute la journée. Il parcourut Katmandou rue par rue, interrogea tous les hippies, ne reçut de ceux qui le comprenaient que des réponses négatives ou vagues. Malgré sa quête et son angoisse, il devina peu à peu ce qui faisait le climat incomparable de Katmandou, dans lequel il se débattait comme une abeille tombée dans un bol de lait. Il rencontrait des dieux partout, au-dessus des portes, entre les fenêtres, au milieu même des rues, dans les trous creusés dans la chaussée, ou sur les socles plantés en pleine circulation, ou abrités dans les temples à tous les carrefours, assemblés dans les cours, penchés aux fenêtres, soutenant les toits ou juchés dessus, aussi nombreux que les habitants humains de la ville, peut-être plus, et aussi divers, et aussi semblables. Ils ne constituaient pas un simple décor, un peuple des vivants, ils participaient à l'activité de chaque instant. Les hommes, les femmes leur parlaient, les saluaient au passage, leur donnaient deux grains de riz, un pétale de fleur, leur frottaient le front d'un pouce affectueux, les enfants leur grimpaient dessus, les singes et les oiseaux leur prenaient leur riz et leur donnaient leur fiente, les vaches venaient se gratter le ventre contre eux, les moutons tondus s'endormaient à leurs pieds, les corbeaux couleur de cigare se perchaient sur leur tête pour aboyer aux passants leurs compliments ou leurs insultes, les paysans accrochaient leurs bottes d'oignons à leurs mains tendues. Ils vivaient la vie de tous avec tous. Les bêtes, les hommes et les dieux étaient tressés ensemble comme les chevaux, les fleurs et les brins de laine rouge dans les coiffures des femmes, en une seule amitié familière et ininterrompue. Dieu était partout, sous mille visages de chair, de pierre, de poils ou de plumes, et dans les yeux des enfants innombrables groupés par bouquets nus devant les portes des maisons où ils semblaient ne savoir faire autre chose que rire du bonheur d'être vivants.
Dieu était partout, et les "voyageurs" venus le chercher de si loin ne le trouvaient nulle part, parce qu'ils oubliaient de le chercher en eux-mêmes."

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